Traiter les enfants atteints de maladies chroniques a Pulka, au Nigeria

Published 2019-08-26 14:00

LA VILLE DE PULKA, AU NORD-EST DU NIGÉRIA, OÙ UN HÔPITAL MSF EST SITUÉ.  © IGOR BARBERO/MSF

Pulka, une ville de l’Etat nigérian de Borno, accueille plus de 40 000 personnes déplacées ayant fui le conflit qui sévit dans la région. La Dr Kathrin Kramer, responsable des activités médicales de MSF à Pulka, décrit le travail de son équipe auprès des enfants atteints de maladies non transmissibles.

"LE PREMIER DÉFI POUR AIDER CES PATIENTS EST DE LES IDENTIFIER"

Par Kathrin Kramer, médecin de MSF à Pulka

« Les cas que j’ai observés au cours de mon séjour de deux mois sont principalement des enfants atteints de drépanocytose et d’asthme. Dans cette situation, où la capacité à diagnostiquer et à traiter les patients est limitée, aider les parents, les soignants et les familles élargies à détecter et à prévenir de façon précoce les complications possibles des maladies chroniques est un outil très important. 

Le premier défi dans ce contexte consiste à identifier les enfants atteints de maladies non transmissibles. De nombreux parents et soignants ne demandent de l’aide médicale qu’en cas d’urgence et l’enfant est déjà en très mauvaise santé. Par exemple, je me souviens de plusieurs cas d’enfants qui, au début, ont été traités pour des infections respiratoires. Ce fut seulement plus tard, après des visites fréquentes au service des consultations externes pour la toux, et plus tard dans la salle d’urgence avec des attaques asthmatiques, que nous les avons identifiés comme des patients souffrant d'asthme chronique.

Nous voyons généralement les enfants atteints de maladies chroniques lors d’une urgence et nous les traitons à l’hôpital. Après cela, nous les invitons à revenir pour des consultations de suivi. L’accès à un bon traitement constitue également un défi, car le bon médicament n’est pas toujours disponible. Nous fournissons aux patients pédiatriques atteints d’asthme chronique des inhalateurs et leur apprenons à s’en servir. Pour les enfants trop jeunes pour utiliser les inhalateurs ordinaires, nous nous adaptons et proposons des alternatives, comme des aérochambres improvisées par exemple, avec un tube utilisé pour augmenter la facilité d’administration des médicaments avec un inhalateur. Le plus important est que nous enseignions aux parents et aux enfants comment l’utiliser en cas de crise d’asthme.

L’un des éléments clés du traitement des patients pédiatriques est l’éducation de leurs parents afin qu’ils soient en mesure d’identifier les premiers symptômes de complications et les urgences liées à la maladie. Notre objectif est de permettre aux parents de fournir une aide adéquate à leur enfant à la maison et de chercher rapidement un traitement médical à l’hôpital en cas de difficulté. Nous leur expliquons comment ils peuvent détecter de façon précoce que l’enfant a des difficultés à respirer. Nous les informons également de certains facteurs de risque peuvent déclencher une crise ou provoquer des complications, par exemple la cuisson au feu de bois dans une pièce fermée.

Il est parfois difficile de leur expliquer l’état de l’enfant et la maladie. Nous travaillons dans un endroit où le niveau d’éducation est faible et, dans certains cas, la barrière de la langue pose problème. Comme dans beaucoup de communautés déplacées, il y a souvent des ménages avec un seul parent pour plusieurs enfants. De plus, ces familles font face à de nombreux défis au quotidiens, tels que le manque d’eau par exemple. Dans ces conditions, il est parfois difficile de se concentrer sur un enfant qui nécessite plus d’attention. Cependant, nos assistantes sociales et nos équipes de santé mentale et de promotion de la santé apportent leur soutien. Ils sont capables d’expliquer aux parents ce qu’il est important de prendre en considération et peuvent les aider à faire face à cette maladie chronique. »

Pulka est une ville contrôlée par l’armée et les mouvements de populations sont limités. Il y a eu de graves pénuries de nourriture et d’eau et certains besoins de base ne sont toujours pas satisfaits. Dans ce contexte, MSF fournit des soins de santé primaires et secondaires aux personnes déplacées et à la communauté locale, en l’absence d’acteurs gouvernementaux. Parmi les patients que MSF traite à Pulka, il y a des cas d’enfants atteints de maladies non transmissibles. En 2018, 13 consultations par mois ont éte réalisées pour des patients pédiatriques souffrant d’asthme chronique.

L'HÔPITAL MSF À PULKA AU NIGÉRIA.   © SANTIAGO D. RISCO/MSF