Les Journées Pédiatriques MSF: Saisir l’opportunité de renforcer nos connaissances en pédiatrie

Le Dr. Nematoulaye Toure a fini ses études à Bamako en 2012 et s’est rapidement engagée avec Médecins Sans Frontières (MSF) comme bénévole à Ansongo, où MSF venait de démarrer ses activités en raison du conflit malien. Elle a rapidement été recrutée et est aujourd’hui médecin en charge de la néonatologie et de la pédiatrie sur ce projet. Dans un entretien, elle revient sur sa participation aux Journées pédiatriques de MSF qui ont eu lieu les 15 et 16 décembre à Dakar. La rencontre lui a permis à la fois d’échanger avec la communauté médicale d’Afrique de l’ouest sur ses expériences au terrain et d’acquérir de nouvelles connaissances dans le cadre des formations organisées, connaissances qu’elle partage aujourd’hui avec ses équipes sur le terrain.

 

Selon vous, quels sont les grands défis qui restent à surmonter pour améliorer la prise en charge des maladies infantiles en Afrique de l’Ouest, et au Mali plus particulièrement ?

La zone dans laquelle je travaille, Ansongo, dans la région de Gao à l’est du Mali, est aujourd’hui une zone très volatile où l’insécurité prévaut, en raison du conflit qui a cours depuis 2012. Le plus difficile pour nous est l’accès aux patients. Les cas de femmes qui accouchent sans accompagnement médicalisé, avec de grands risques pour les nouveau-nés, ou de jeunes enfants atteints de paludisme grave restent encore nombreux.

Avec un couvre-feu mis en place dès la tombée de la nuit et une distance de parfois plusieurs centaines de kilomètres pour parvenir au centre de santé le plus proche, qui va se risquer à prendre le chemin des soins ?

C’est pourquoi il est nécessaire d’adopter des stratégies médicales permettant d’accéder au plus grand nombre de patients, en particulier les jeunes enfants qui sont les plus vulnérables, comme nous le faisons avec la stratégie nomade adoptée par MSF depuis 2015.

 

En tant que professionnelle du monde médical, en quoi les Journées pédiatriques constituent un événement auquel il est important de participer?

La formation que j’ai pu suivre à Dakar m’a vraiment aidé à acquérir des bases solides en néonatologie, pour ensuite les transmettre à mes équipes. Le centre de santé de référence où je travaille s’est en effet récemment doté d’une unité néonatale. Or nous sommes une équipe de médecins généralistes et n’avions pas de notions à propos de la prise en charge des enfants prématurés, que nous référions à l’hôpital distant d’une centaine de kilomètres. Nous connaissons maintenant les réflexes simples à adopter en cas d’infection d’un nouveau-né, ou d’anoxie et autres cas médicaux.

C’est très important pour les médecins travaillant sur le terrain de pouvoir participer à ces journées, pour ce genre d’échange, mais aussi pour confronter nos expériences avec d’autres contextes.

 

Pouvez-vous donner un exemple concret de bonne pratique ou de stratégie d’intervention que vous avez retiré de ces Journées pédiatriques et qui pourra être utile s’il est mis en oeuvre au Mali ?

L’une des recommandations de ces journées est d’impliquer davantage les communautés dans les soins, comme par exemple les accoucheuses traditionnelles. Nous l’avons déjà initié à Ansongo et avons invité les accoucheuses traditionnelles à accompagner les femmes au centre de santé, pour les rassurer. De plus en plus de patientes sont venues: depuis les débuts du projet, le nombre de femmes accouchant à la maison a énormément chuté. C’est un indicateur de réussite pour nous. Bénéficier d’un accompagnement médicalisé leur permet d’éviter bien des complications. Cela montre que les femmes de la région nous font confiance. Toutefois, le travail de sensibilisation sur le suivi des femmes enceintes devra continuer afin de mieux détecter les problèmes liés à la grossesse, mais aussi pour que cette tranche de la population, plus vulnérable, benéficie d´un accès aux soins gratuits et de qualité, pour réduire la morbi-mortalité.

La session des journées pédiatriques sur l’utilisation des nouvelles techniques, comme la télémédecine ou le projet E-care, m’a particulièrement intéressée. De telles techniques représentent une opportunité d’envoyer les soignants au plus près des patients et peuvent être intégrées à une stratégie médicale nomade pour aller au plus proche des personnes vulnérables. C’est inspirant !